Brice Oligui Nguema en France : entre partenariat et enjeux économiques
42 ans après la dernière visite d’État gabonaise en France, Brice Oligui Nguema a été reçu en grande pompe à l’Élysée ce 20 juillet 2026. Pendant trois jours, le président gabonais a multiplié les rencontres et les échanges avec les autorités françaises, dans un contexte marqué par la volonté de Libreville de redéfinir ses partenariats internationaux.
Entre signes d’amitié, dossiers économiques sensibles et questions géopolitiques, la visite avait une forte portée symbolique. Emmanuel Macron entend ainsi consolider une relation avec un Gabon qui souhaite désormais davantage affirmer sa souveraineté et transformer son économie.
Un accueil protocolaire pour sceller un « partenariat rénové »
Le décor était celui des grands jours à l’Élysée. Tapis rouge aux Invalides, honneurs militaires, dîner d’État dans les salons de la présidence française : tout a été mis en œuvre pour marquer l’importance de cette visite.
Emmanuel et Brigitte Macron ont reçu Brice Oligui Nguema et son épouse Zita dans le cadre d’un programme particulièrement solennel. Au-delà du faste protocolaire, le message politique était clair : Paris souhaite maintenir une relation privilégiée avec Libreville, tout en prenant en compte les nouvelles aspirations du Gabon.
Le président gabonais, élu en avril 2025 après sa prise de pouvoir en 2023, entend inscrire son action dans une nouvelle dynamique politique et économique. « Nous venons à Paris en partenaire souverain, pour un partenariat rénové », a déclaré Brice Oligui Nguema.
Les échanges de cadeaux ont également illustré cette volonté d’entretenir des liens symboliques. Le chef de l’État gabonais a notamment reçu un maillot des Bleus et un képi, tandis que la Première Dame Zita Oligui Nguema s’est vu offrir une assiette en porcelaine et un sac de haute couture.
Le manganèse au cœur des discussions économiques
Derrière les cérémonies officielles, les discussions économiques occupaient une place centrale. Le Gabon, deuxième producteur mondial de manganèse, souhaite désormais modifier en profondeur son modèle d’exploitation des ressources naturelles.
Libreville ambitionne notamment de mettre fin aux exportations de minerai brut d’ici 2029 afin de favoriser sa transformation directement sur le territoire national. Pour les autorités gabonaises, cette stratégie doit permettre de créer davantage de valeur ajoutée, de développer l’industrie locale et de générer de nouveaux emplois.
Un accord a été signé dans cette perspective. La France affirme soutenir le principe d’une industrialisation accrue du Gabon. Toutefois, le calendrier fixé par Libreville apparaît particulièrement ambitieux pour certains acteurs français.
Cette question concerne notamment Eramet, groupe minier français fortement implanté au Gabon. L’entreprise occupe une position importante dans l’exploitation du manganèse à travers sa filiale Comilog.
La discussion entre les deux pays s’annonce donc délicate. Pour Libreville, l’objectif est de renforcer la souveraineté économique et industrielle du pays. Pour Paris, l’enjeu consiste à préserver les intérêts de ses entreprises tout en accompagnant les nouvelles ambitions du Gabon.
Défense, souveraineté et avenir du Camp de Gaulle
La coopération militaire figurait également parmi les sujets abordés par les deux présidents. Le renouvellement du partenariat de défense et l’avenir du Camp de Gaulle, à Libreville, font partie des dossiers sensibles de la relation entre les deux pays.
Le Gabon souhaite notamment récupérer le titre foncier de cette base militaire et envisage de lui donner une nouvelle appellation. Cette demande s’inscrit dans une volonté plus large de redéfinir la présence française dans le pays.
Depuis plusieurs années, les relations entre la France et plusieurs États africains connaissent de profondes transformations. Libreville cherche ainsi à maintenir une coopération avec Paris tout en réaffirmant son statut de partenaire souverain.
Une rencontre annoncée avec la diaspora gabonaise
La question de la diaspora était également présente dans l’agenda présidentiel. Brice Oligui Nguema doit prochainement rencontrer la communauté gabonaise établie en France pour une rencontre consacrée à l’écoute et au dialogue.
Cette séquence doit permettre au chef de l’État gabonais d’échanger directement avec des Gabonais vivant à l’étranger et d’aborder leurs préoccupations, leurs attentes ainsi que leur contribution potentielle au développement du pays.
La diaspora constitue en effet un acteur important dans les relations entre le Gabon et la France, notamment sur les plans économique, culturel et social.
Des critiques sur la situation politique intérieure
Malgré l’image de rapprochement affichée pendant cette visite, le déplacement de Brice Oligui Nguema n’a pas échappé aux critiques.
Plusieurs organisations non gouvernementales attirent notamment l’attention sur la situation politique intérieure du Gabon. L’arrestation de l’opposant Alain-Claude Bilie-By-Nze ainsi que les restrictions concernant les réseaux sociaux alimentent les interrogations sur les conditions politiques dans le pays.
Ces critiques contrastent avec le discours de « renouveau » porté par les autorités gabonaises et françaises à l’occasion de cette visite.
Au terme de ce déplacement, Paris et Libreville affichent donc leur volonté de construire une relation renouvelée. Mais derrière les symboles diplomatiques, plusieurs dossiers sensibles devront encore être négociés, notamment l’avenir de la coopération militaire, la transformation du manganèse et la place des entreprises françaises dans la nouvelle stratégie économique du Gabon.
Ines KPOVOYEYI














