Dans un geste fort qui marque une rupture avec la position initiale de son gouvernement, le président Bassirou Diomaye Faye a annoncé, ce samedi, le soutien officiel du Sénégal à la candidature de son prédécesseur, Macky Sall, au poste de Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies (ONU). Cette décision, révélée à l’issue d’une audience accordée à l’ancien chef de l’État au Palais de la République, redessine la carte politique sénégalaise et pourrait avoir des conséquences majeures sur les tensions grandissantes entre le chef de l’État et son ancien ami et ancien Premier ministre, actuel président de l’Assemblée nationale Ousmane Sonko.
Un revirement diplomatique inattendu
C’est par un communiqué du ministère de l’Intégration africaine, des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur que la nouvelle a été officialisée. Le vendredi 17 juillet 2026, Macky Sall a été reçu par Bassirou Diomaye Faye afin de lui présenter, de vive voix, les grandes lignes de sa candidature au secrétariat général de l’ONU, dont le processus de sélection a été lancé en novembre 2025 à New York.
À l’issue de cet entretien, le président de la République a instruit le gouvernement ainsi que l’ensemble du réseau diplomatique sénégalais de se mobiliser pour promouvoir cette candidature auprès des États membres des Nations Unies.
Dans son communiqué, la présidence précise que cette candidature est désormais présentée comme celle de toute la Nation, « au service de l’Afrique et d’un multilatéralisme plus performant ».
Un contexte marqué par des divisions initiales
Cette officialisation intervient après plusieurs mois de flottement. En mars 2026, le gouvernement actuel s’était officiellement désolidarisé de la candidature de Macky Sall, dans une note verbale adressée à la Commission de l’Union africaine. À l’époque, Dakar avait même affirmé ne pas avoir été associé à l’initiative, attribuée au gouvernement du Burundi.
Malgré l’absence de soutien officiel du Sénégal et de l’Union africaine, 20 États membres sur 55 s’étaient opposés à l’investiture continentale de Macky Sall, l’ancien président avait maintenu sa candidature, fort du soutien affiché par plus de 280 acteurs politiques et institutionnels sénégalais, dont plusieurs figures de l’ancien régime.
Entre réalisme diplomatique et calcul politique, le revirement de Diomaye Faye peut s’interpréter à plusieurs niveaux
Sur le plan diplomatique, il permet au Sénégal de retrouver une cohérence dans sa position, en alignant la voix de l’État sur celle d’une partie significative de sa classe politique et de sa société civile.
Sur le plan intérieur, cette décision peut être lue comme un geste d’apaisement envers les partisans de Macky Sall et une tentative de désamorcer les critiques sur l’isolement diplomatique de l’ancien président.
Sur le plan stratégique, elle positionne Bassirou Diomaye Faye en garant de l’unité nationale, capable de dépasser les clivages partisans pour porter une candidature présentée comme « celle de toute la Nation ».
Conséquences sur le tiraillement Diomaye Faye – Sonko
Cette décision intervient dans un contexte de tensions croissantes entre le président et son ami Ousmane Sonko. Ce dernier, qui a publiquement menacé de « reprendre le pouvoir » lors de la prochaine élection présidentielle, pourrait percevoir ce soutien à Macky Sall comme un signal ambigu, voire une trahison des engagements de la coalition au pouvoir.
Plusieurs scénarios se dessinent
Un renforcement de la fracture : Si Sonko et ses partisans considèrent ce geste comme une concessions aux « macquistes », la coalition PASTEF-bassiriste pourrait se fissurer davantage.
Un rééquilibrage des alliances : Diomaye Faye pourrait chercher à s’appuyer sur une base élargie, intégrant des éléments de l’ancien régime, pour contrebalancer l’influence de Sonko.
Une escalade politique : Dans le pire des cas, cette décision pourrait précipiter une crise gouvernementale, avec des démissions ou des remaniements en cascade.
Une candidature toujours incertaine
Malgré ce soutien tardif, la candidature de Macky Sall reste soumise à de nombreux aléas. Le processus de sélection du prochain Secrétaire général de l’ONU est hautement compétitif et géopolitiquement sensible. Le titulaire actuel, Antonio Guterres, devrait achever son second mandat fin 2026, et la succession est déjà l’objet de multiples candidatures régionales et internationales.
Pour l’heure, le Sénégal est engagé. Le gouvernement et le réseau diplomatique sont instruits de mener campagne. Reste à voir si cette mobilisation tardive suffira à inverser la dynamique et à offrir à Macky Sall une chance réelle de succéder au Portugais.
Chédo WUSA













