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Bénin : Les vraies raisons de la fin provisoire de la Cena

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L’Assemblée nationale a voté, ce vendredi 10 juillet 2026, à l’unanimité, la loi n°2026-14 portant suppression provisoire de la Commission électorale nationale autonome (Cena). Une décision à première vue radicale, mais qui répond à une logique institutionnelle précise, née de la rencontre entre un calendrier électoral bouleversé et un impératif de rigueur budgétaire.

Première raison : un mandat qui s’achève au pire moment

Le déclencheur immédiat tient à une échéance calendaire incontournable. Le mandat des membres actuels de la Cena, fixé à cinq ans et non renouvelable, expire le 14 juillet 2026 ; dans quatre jours à peine.
L’Assemblée devait donc, dans l’urgence, statuer sur le sort de l’institution avant cette date butoir, faute de quoi le pays se serait retrouvé sans texte organisant clairement la suite.

Deuxième raison : un vide électoral de sept ans

C’est là que le raisonnement des députés prend tout son sens. Une nouvelle Cena, installée en juillet 2026 selon les règles antérieures, n’aurait eu, dans les faits, aucune élection politique à organiser avant 2031 au regard de la réforme constitutionnelle qui a aligné sur une durée uniforme de sept ans les mandats du président de la République, des députés et des conseillers communaux.
Le cycle électoral 2026 une fois consommé, plus aucun scrutin majeur ne se profile avant la fin de la décennie. Maintenir en fonction, durant tout ce temps, une commission dotée de son personnel, de ses moyens et de sa structure, sans aucune mission électorale à assumer, posait une question simple : à quoi bon ?

Troisième raison : la rationalisation des deniers publics

C’est précisément ce constat qui a conduit le député Augustin Ahouanvoèbla à initier la proposition de loi, largement suivie par ses collègues jusqu’à l’unanimité du vote. L’argument central n’est pas politique mais gestionnaire : il s’agissait d’éviter que l’État continue de financer, pendant près de sept années sans utilité opérationnelle immédiate, une institution coûteuse en salaires et en fonctionnement. La suppression n’est donc pas présentée comme une remise en cause de la Cena en tant que telle, mais comme une mesure de bonne gestion des ressources publiques, en phase avec le nouveau tempo électoral du pays.

Une suppression encadrée, pas un vide juridique

Les députés ont pris soin d’éviter toute rupture désordonnée. La loi prévoit qu’un décret pris en Conseil des ministres organisera la conservation du patrimoine de la Cena et la liquidation de ses engagements en cours, tandis que son personnel sera mis à la disposition de l’administration publique. Le texte insiste par ailleurs sur le caractère provisoire de la mesure : elle vaut le temps qu’une étude complète détermine la restructuration et la configuration de l’organe appelé à lui succéder, le moment venu.

Une décision consensuelle, sous le regard de l’Exécutif

Signe de l’importance accordée à ce dossier, la plénière s’est tenue sous la présidence effective de Joseph Fifamin Djogbénou , président de l’Assemblée nationale, en présence du ministre de la Justice et de la Législation, Yvon Détchénou, représentant le gouvernement. L’unanimité du vote traduit un rare consensus entre les groupes parlementaires sur un sujet pourtant sensible, celui de l’architecture électorale nationale.
En définitive, la suppression de la Cena n’est ni un désaveu de son bilan ni un basculement politique, mais la conséquence logique d’une réforme plus large du calendrier électoral béninois; une décision de circonstance, assumée comme telle, en attendant la refondation annoncée.

Géoffroy WUSA

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