Dans un contexte où les espaces de liberté se rétrécissent et où les défenseuses des droits humains font face à des menaces croissantes, une initiative inédite a rassemblé pendant trois jours, à Porto-Novo et plus précisément à l’hôtel Les Oliviers du 13 au 15 juillet 2026 une cohorte d’une trentaine de défenseuses venues de huit pays d’Afrique de l’Ouest francophone. L’objectif : transformer la formation en armes concrètes de protection, de plaidoyer et de solidarité transfrontalière.
Une ouverture placée sous l’autorité de la CADHP
La cérémonie d’ouverture a été présidée par l’invité d’honneur de cette édition, l’Honorable Rémy Ngoy Lumbu, Rapporteur spécial de la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (CADHP) sur les défenseuses des droits humains. C’est lui qui a prononcé l’allocution inaugurale, rappelant le mandat de la CADHP et le cadre continental de protection des défenseuses, avant de poser les attentes de la cohorte pour les trois journées.
Sa présence n’a pas été un simple passage protocolaire : le Rapporteur spécial a tenu, tout au long de l’atelier, trois sessions de fond avec les participantes. Le premier jour pour l’ouverture, le deuxième consacré aux mécanismes d’alerte et de saisine de la CADHP pour protéger les défenseuses en danger, et le troisième sur l’articulation avec les mécanismes africains et onusiens et le suivi des recommandations après l’atelier. Cette continuité a ancré Advocacy Nexus dans le prolongement direct du Groupe de travail de la Rapporteuse spéciale de la CADHP, et non en marge de celui-ci.
Un sanctuaire stratégique, pas un simple atelier
Conçu comme bien plus qu’une formation classique, Advocacy Nexus a réuni pendant trois jours trois savoir-faire essentiels, enseignés par des paires, pour des paires, dans la langue de travail des participantes , le français.
Plaidoyer numérique et narration de combat , Sécurité, protection et soin , Coalitions, solidarité et continuité se sont susccédés comme thèmes de travail au cours des 3 jours
Ancrage normatif et continuité institutionnelle
Advocacy Nexus ne flotte pas dans l’abstrait. Il est fermement ancré dans les instruments juridiques régionaux et internationaux qui protègent les droits des femmes et des défenseuses des droits humains : le Protocole de Maputo, la CEDEF (Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes) et la Déclaration des Nations Unies sur les défenseurses des droits humains. La présence continue du Rapporteur spécial Rémy Ngoy Lumbu a incarné, tout au long des trois jours, cette continuité entre les mécanismes régionaux de protection et les actions de terrain.
Un projet phare pour l’afroféminisme ouest-africain
Advocacy Nexus est une activité du projet phare AIHRDFWA — (Afrofeminist Initiative for Human Rights Development in Francophone West Africa) mené par le RFLD (Réseau des Femmes Leaders pour le Développement) sur la période 2025–2028. Ce projet vise à structurer un mouvement afroféministe résilient, capable de résister aux pressions politiques, aux coupures d’internet et aux intimidations ciblées.
Le financement de cette initiative est assuré par le Ministère Fédéral Allemand de la Coopération Économique et du Développement (BMZ), avec le soutien technique et opérationnel de la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ) GmbH.
Huit pays, une même ambition
Les huit pays représentés à cet atelier témoignent de l’ampleur régionale de l’initiative. Cette diversité géographique renforce la crédibilité des coalitions transfrontalières qui émergent de ces trois jours de travail intensif. Un travail conduit aussi bien par des juristes et formatrices régionales que par une équipe de soin dédiée, avec un espace de silence permanent et une thérapeute francophone présente sur place tout au long de l’atelier.
Dans un sous-continent où les mouvements de femmes sont souvent fragmentés par les frontières coloniales et les barrières linguistiques, Advocacy Nexus fait le pari d’une solidarité organique, construite sur la confiance, la langue commune et des objectifs partagés sous le patronage du Rapporteur spécial de la CADHP et l’impulsion des formatrices qui ont animé les trois journées.
Un héritage pour la décennie à venir
À l’heure où les échéances des Objectifs de Développement Durable et de l’Agenda 2063 de l’Union Africaine approchent, des initiatives comme Advocacy Nexus rappellent qu’aucun développement durable n’est possible sans la protection effective de celles et ceux qui défendent les droits humains, en particulier les femmes et les filles. La cérémonie de clôture, scellée par un manifeste collectif et la remise d’un kit numérique sécurisé, a résumé cette ambition en une phrase : « La sécurité numérique de l’une est la condition de la libération de toutes. »
Le RFLD, fort de cette première édition et de la caution institutionnelle apportée par la présence du Rapporteur spécial de la CADHP, prévoit déjà d’étendre le modèle à d’autres sous-régions, avec un suivi de la cohorte sur douze mois, faisant d’Advocacy Nexus une référence continentale du renforcement de capacités afroféministe.
Chédo WUSA













